Les Préludes, Tasso, Lamento e Trionfo et Orphée. Trois transcriptions pour orgue, trois interprétations sur l’orgue de la cathédrale de Riga, trois parutions chez Hortus qui s’échelonnent sur mai et juin 2026.

Gabriel Marghieri a accepté de préfacer l’édition musicale de ces trois œuvres. À propos du premier de ces poèmes, qui est sorti le 15 mai, il écrit : « Franz Liszt, virtuose inégalé du piano et de l’orchestre, aime à jouer les orgues que l’on signale à son attention lors de ses voyages, et, surtout, fait construire pour son usage privé et par deux fois, un curieux hybride de piano et d’harmonium superposant deux ou trois claviers (à voir au musée-appartement Liszt de Budapest et au Kunsthistorisches Museum de Vienne), sur lequel il improvise ou teste les œuvres en cours d’élaboration.

Quand il n’est pas à son piano ou à sa table de travail il s’abîme dans la prière ou dans la lecture, à commencer par la Bible, Dante et Shakespeare, jusqu’aux dernières parutions de ses amis Heine, Hugo, Balzac, Dumas, Sand ou Lamartine. Son ambition artistique est sans limite : il voudrait que sa musique puisse englober tout ce que l’on trouve non seulement dans la littérature mais dans tous les arts confondus, et dans l’Homme, la Nature, la vie.

Il est donc fatal qu’il développe le concept de poème symphonique, d’autant que les pièces orchestrales qu’il inscrira dans cette catégorie seront rédigées entre 1849 et 1882 lors de ses séjours à Weimar, c’est à dire dans la cité de Goethe, où il se verra comme un prophète, comme le chef de file de la modernité. Liszt est plus ou moins l’inventeur de ce concept de poème symphonique, dans le genre de la musique dite « à programme », mais il en avait trouvé les prémices chez le Beethoven de la Symphonie pastorale, tandis que la Symphonie fantastique de Berlioz, donnée à Paris en 1830, fut pour lui un choc absolu et un catalyseur. »

Et à propos de Tasso, Lamento e Trionfo, paru le 29 mai, il écrit : « La même année que Les Préludes (1854), Tasso, Lamento e Trionfo fut écrit en guise d’ouverture à une représentation de Torquato Tasso de Goethe. Liszt montre le poète de la Renaissance en proie à la solitude et à la passion amoureuse, puis ce seront la reconnaissance de son génie et l’accession à la gloire. Le début ‒ motif rampant, sombre introspection, longue élégie qui cherche la lumière ‒ n’est pas loin du mouvement initial de la Faust-Symphonie, et la couleur hongroise du thème de clarinette aura des prolongements au XXe siècle chez Bartók et Kodály. Du grand Liszt ! S’ensuivra un épisode léger, presque anecdotique, italianisant sûrement (allusion à la cour du duc d’Este), avant le retour au drame et enfin le triomphe, la pompe. Liszt prise et cultive ces apothéoses à grand renfort de cymbales rutilantes, que notre époque pourrait trouver naïves, mais qui doivent leur noblesse et leur légitimité au fait qu’elles sont toujours précédées d’affres et de doutes où le sublime se niche fréquemment.

« Lamento et Trionfo : telles sont les deux grandes oppositions de la destinée des poètes, dont il a été justement dit, que si on fait peser parfois la malédiction sur leur vie, la bénédiction ne manque jamais à leur tombe. »

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